17.11.10

De la créativité...

Bon, je sais, mon titre est un peu pompeux. Disons tout de suite pour calmer le jeu que je ne me considère pas vraiment comme une créatrice, plutôt comme une artisane (du dimanche, car j'ai quand même une activité professionnelle par ailleurs), mot qui a cependant à mes yeux une certaine noblesse ;-)

Lorsqu'on me félicite pour ma créativité, je suis flattée, évidemment, et surtout heureuse que mes idées plaisent à d'autres, qu'elles contribuent à propager l'envie de travailler le fil. Du coup, je me suis interrogée sur ce qu'était exactement cette "créativité". Et je suppose que beaucoup d'autres "créatrices" pourront se retrouver dans mes propos, dont j'ai déjà lu quelques échos d'ailleurs sur d'autres blogs...

A l'instar d'autres activités qui font appel aux ressources de l'imagination, créer des modèles à mon avis n'est pas réellement un "don" : les idées ne tombent pas toute cuites le matin quand on se lève. Elles sont la résultante d'un long processus, nourri de nombreux ingrédients. J'en citerai 4 ou 5 qui m'apparaissent "clefs" dans mon expérience personnelle :
  • D'abord un sentiment d'urgence, le même sans doute que celui des écrivains, à savoir la nécessité qu'on sent en soi de faire telle ou telle activité pour échapper à la lourdeur du quotidien. Être créatif serait donc d'abord moins bien supporter le réel que le commun des mortels. Je ne sais pas si c'est une règle générale, mais je suis certaine que c'est mon cas.
  • Une vraie passion pour l'activité concernée : il faut y consacrer du temps, pour ce qui me concerne, je défais et refais souvent de très nombreuses fois tout ou partie d'un modèle pour le mettre au point. Par exemple, depuis jeudi dernier, je suis sur un projet de mitaines d'hiver, une série de 4 modèles comme j'en avais déjà fait pour le printemps. Le premier modèle de la série, j'ai du le recommencer au moins 5 fois avant de trouver quelque chose qui me plaisait, et répondait aux exigences que je m'étais définies. Il faut donc aimer manier le fil sans relâche, même sans résultat immédiatement probant.
  • De la discipline et de l'assiduité : il faut pratiquer régulièrement et chercher sans cesse à acquérir de nouvelles connaissances techniques. Internet est à cet égard un outil fabuleux, grâce auquel on accède à de multiples ressources, de l'indication bibliographique aux tutoriels de tous poils, en passant par les bloggueuses qui expliquent et montrent comment elles ont réalisé tel ou tel ouvrage, contourné telle difficulté, utilisé telle technique.
  • Du temps et de la curiosité. Bien sûr, tout cela nécessite parfois de se focaliser volontairement, de mettre de côté d'autres choses qu'on aurait aussi envie de faire. Mais parfois au contraire de se laisser guider par d'autres envies : par exemple, tricoter, ou même plus récemment, perler, me donne d'autres idées pour le crochet. Ou simplement me permet d'accumuler de l'expérience sur ce qu'on peut faire avec un fil, comment il peut se comporter de par ses caractéristiques propres, en fonction de la matière dont il est composé, mais aussi comment on peut le contraindre à se mettre en forme de telle ou telle manière. Connaître les fils, quand on débute, ça a tendance à rebuter. et j'ai longtemps boudé ce chapitre dans les livres qui traitent de tricot ou de crochet. Au fil du temps, j'y reviens : au fond, la matière est essentielle, et un modèle, c'est l'assemblage d'une matière appropriée, d'une forme, d'un ou plusieurs points, et d'une tension plus ou moins lâche.
Au final, au moins pour ce qui me concerne, inventer un nouveau modèle est un acte assez besogneux, qui peut prendre plusieurs mois pour mûrir, le temps d'avoir le déclic pour identifier que oui, bien sûr, c'est de cette façon là qu'il faut utiliser tel point, ou qu'il faut travailler dans ce sens pour obtenir la forme souhaitée.

Comme Elfie, qui le dit clairement, mais je sais que c'est le cas de nombreuses autres designeuses, j'adore les bibles de points, et je passe des heures dedans, à contempler, découvrir ou redécouvrir, chercher une solution pour un projet rétif, ou encore construire un projet uniquement parce qu'un point m'a séduite et que je veux absolument le travailler, le mettre en scène.

Bien sûr, je regarde aussi beaucoup ce que font les autres. Parce qu'on n'invente jamais à partir de rien. Curieusement, je suis souvent plus inspirée par le tricot pour créer des modèles au crochet. Parce que ce qui m'inspire, c'est une silhouette, l'équilibre d'un motif, les pleins et les vides d'une dentelle, le drapé d'une étoffe,  la manière de structurer les lignes d'un modèle.

Bref, la créativité est un mélange irrationnel de discipline et de rêverie, de travail et de flânerie, où néanmoins il faut à un moment donné empoigner l'envie par les cheveux pour transformer le rêve en réalité, et se confronter au fil rebelle, à la mathématique qui résiste, à la déception d'un point qui ne rend pas l'effet escompté dans le fil qu'on a choisi. Et remettre cent fois sur le métier son ouvrage, même si ce fichu mohair est impossible à remettre en pelote, même si ça fait déjà trois fois qu'on recommence cette partie de vêtement. Et pourtant, je ne suis pas patiente. Sauf justement pour le fil, parce qu'il m'emporte au delà du quotidien pesant, et que transmettre sa passion à d'autres, ou simplement la partager avec d'autres fondus de fil, c'est aussi l'occasion de se faire de nouveaux amis, ou juste de partager un bon moment avec des gens qu'on n'aurait peut-être jamais rencontrés par ailleurs.

4 commentaires:

Minia a dit…

C'est joliment décrit !....

Anonyme a dit…

Je suis tout à fait d'accord

cathe a dit…

Très bon billet, très juste :-)

Cécile a dit…

Merci pour ce texte, c'est un billet qu'il fait bon lire... et relire !

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