28.10.15

Felletin, c'est bien !

Rentrée hier, j'ai encore les yeux tout éblouis de couleurs après ces 3 jours dans la Creuse, l'un des berceaux de la tapisserie, et lieu des dernières filatures françaises...

Je vous avais dit que j'aurai certainement les mains occupées à d'autres choses que la manipulation de mon APN... et ce fut pire : j'ai carrément oublié l'appareil photo à la maison... J'ai tenté de me rattraper en utilisant mon smartphone tout neuf en guise d'appareil, mais franchement, les résultats ne sont pas terribles... et encore, je ne vous dis pas toutes les photos floues que j'ai dû jeter ! Quand les conditions de lumière ne sont pas idéales, que le truc que vous avez entre les mains est trop léger pour bien stabiliser vos mains avant de cliquer pour shooter, que vous êtes dans un groupe qui bouge au fil de la visite, que vous ne voulez pas perdre un mot des commentaires... bref, vous allez voir, c'est assez minable ! Disons que c'est juste pour la mémoire...

La première visite était pour l'atelier Pinton, à Felletin. Tapisserie de basse lisse dans la pure tradition, qui continue aujourd'hui de travailler avec des artistes renommés dont ils transforment les œuvres picturales en tableaux de laine,  mais aussi tapis touffetés main, souvent réalisés sur-mesure pour des lieux d'exception, privés ou publics.

J'avoue avoir été tellement fascinée par le travail des lissiers et leurs explications que je n'ai même pas pensé à les photographier... J'ai juste attrapé au vol les tapisseries "tombées de métier" accrochées dans le magasin de fils...

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... et je suis tombée amoureuse de celle de Perrot, vision contemporaine de la verdure, qui me fait aussi penser aux tapisseries de Dom Robert, dont j'étais déjà fan depuis que je les ai découvertes au Printemps de Septembre à Toulouse...

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Quant au magasin de fils dont on aperçoit quelques casiers devant les tapisseries, à l'occasion des journées de la laine de Felletin, Pinton déstocke les fils des tapisseries terminées, et en particulier ceux que le soleil a un peu patiné, de manière plus ou moins régulière, et qui deviennent donc inutilisables pour l'atelier de tapisserie... mais dont une "crafteuse" peut faire bien des choses.

La plupart sont des fils d'épaisseur "dentelle", teints sur mesure par la Filature Terrade, elle aussi à Felletin (dont vous pouvez retrouver ici une visite en images)

Je n'avais pas imaginé qu'une filature était un lieu aussi bruyant... Et bien que grande consommatrice de fil de laine, et un peu avertie sur ses principes de fabrication, je n'avais pas compté qu'il fallait pas moins de 12 opérations pour transformer la fibre brute, simplement lavée, qui arrive en énormes ballots de tous les coins du monde (France comprise, mais assez peu, car la laine avait cessé d'être considérée comme un produit exploitable du mouton, qu'on élève actuellement essentiellement pour la viande et les fromages. Cela change peu à peu, avec le retour en grâce des tricot, crochet, filage, feutrage et autres activités artisanales ou de loisir. On commence à retrouver du Mérinos français, le mérinos d'Arles, que Fonty est en train d'acclimater en Creuse pour produire des fils "100% Creuse".)

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La machine la plus précieuse, et qu'on n'arrête qu'en été pour la réviser, est la cardeuse. Alimentée par le "loup" en flocons de laine ventilés, humidifiés et légèrement graissés...

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... elle carde les fibres (autrement dit elle les aligne grâce à de gros rouleaux hérissés de picots métalliques) et les transforme en nappes plus ou moins épaisses selon le fil qu'on souhaite obtenir à la sortie.

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La même machine rassemble ces nappes en rubans larges qui sont ensuite divisés et enroulés sur des bobines (que vous ne verrez pas ici car ma photo est trop floue). On obtient déjà une sorte de fil : les fibres sont alignées et agglomérées, mais l'ensemble est encore fragile : il faut le tordre pour lui donner de la solidité, c'est le filage proprement dit. On transfère donc ces bobines sur une seconde machine, qui file à une vitesse éblouissante (pour qui a déjà eu l'occasion de tourner un fuseau) sur de grands fuseaux, situées en bas de la machine (en haut, toujours floues, on aperçoit les bobines sorties de la cardeuse). La machine est très longue, et, à vue de nez, doit faire tourner une centaine de fuseaux en simultané.

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Enfin, le fil est assemblé et retordu, ici en deux fils. Les bobines de la fileuse sont dans les cylindres du bas. Les fils passent deux par deux dans les anneaux en queue de cochon, et le fil retordu est enroulé en grands écheveaux sur le dispositif du fond.

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L'atelier de teinture est émouvant de simplicité : de simples bacs d'eau chaude, plus ou moins grands selon la quantité à teindre, et des couleurs primaires que le coloriste assemble dans de simples bouteilles d'eau minérale, à l’œil, pour obtenir la teinte souhaitée pour chaque commande.

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La couleur est ensuite fixée à l'acide acétique (le vinaigre bien connu des apprenties chimistes qui jouent aux teinturières dans leur cuisine), et les écheveaux essorés et séchés à l'air libre ou en étuve, selon la saison.

Chez Fonty, (à Rougnat, environ 50 km de Felletin) c'est la même chose en un peu plus grand, et avec des machines plus modernes... bien qu'aucune ne se fabrique plus en Europe. Comme chez Terrade, on les chouchoute donc pour les maintenir en bon état de fonctionnement.

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La sécurité des travailleurs est mieux assurée, des grilles protégeant l'accès aux cardeuses en fonctionnement. Chez Fonty, il y en a deux.

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En sortie de cardeuse, les gâteaux qui vont servir à fabriquer la super tweed rouge que j'adore (je portais mon cardigan pour la visite, faut-il le dire ?). Les petites boules de couleur du fil sont simplement pris dans les nappes de fibre lors du passage à la cardeuse.

La même, au filage.

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Le retors se fait ici sur une machine plus sophistiquée, qui comporte 6 anneaux passe fil, et passe la laine entre deux rouleaux métalliques. Ici, on a seulement 2 fils, mais la machine peut en retordre jusqu'à 12 ensemble, soit 2 par anneau (ce qui demande par contre énormément de vigilance à l'ouvrière qui surveille la machine : si l'un des deux fils casse, le fuseau ne débraye pas, et c'est l’œil de l'ouvrière qui doit détecter le défaut sur l'unité toujours en mouvement pour rattacher les fils).

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De l'autre côté de la machine, on voit les fuseaux. Ici, sans doute encore de la super tweed, en bleu.

Et chez Fonty, on a une machine à faire les pelotes. Mais les bandes de papier sont positionnées à la main.

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Voilà pour la technique...

Dans quelques jours, si vous êtes sages (et si je trouve le temps), je vous montrerai mon butin.

Par contre, ne comptez pas sur des photos du salon des exposants. Il y en aura peut-être chez Andie qui en a pris avec un vrai appareil. Mais moi, entre participation à la vente sur le stand de Renaissance Dyeing, butinage sur les stands voisins, babillage sur les stands des copines, ou encore combinaisons de couleurs pour fabriquer de nouveaux châles (ou des variantes de ceux que j'ai déjà créés), j'ai vécu trop intensément ces moments pour avoir même l'idée de faire des photos...

2 commentaires:

Anonyme a dit…

merci pour cette visite guidée !

lillicroche a dit…

Ah chouette... tout ce que je n'ai pas vu! Merci! Sauf l'entreprise Pinton que j'étais allée visitée l'année dernière et dont j'étais revenue avec quelques kilomètres de laine...
Oui Felletin c'était trop bien!!! Surtout les rencontres :-).

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